Affaire BFT : à peine lancée, la médiation avec ABCI déjà bloquée
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Africa Intelligence | 6 octobre 2020

Affaire BFT : à peine lancée, la médiation avec ABCI déjà bloquée

Le premier ministre Hichem Mechichi a accepté une médiation avec ABCI Investments, qui réclame un milliard de dollars devant le tribunal arbitral Cirdi. Mais il a presque aussitôt fait marche arrière...

Un pas en avant, deux pas en arrière ! Le gouvernement Mechichi, en fonction depuis un mois à peine, hésite déjà sur la marche à suivre dans la vieille affaire BFT (Banque franco-tunisienne), qui met aux prises la Tunisie et ABCI Investments devant le tribunal arbitral Cirdi (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), à Paris.

Une première réunion annulée

Selon les informations d’Africa Intelligence, les deux parties sont tombées d’accord le 16 septembre pour lancer une médiation - sous la houlette du Cirdi et sans interrompre la procédure arbitrale - visant à solder leur litige. Celui-ci est né de l’expropriation en 1989 de la BFT, privatisée sept ans plus tôt au profit d’ABCI. Le tribunal calcule actuellement les dédommagements dus à ABCI, lesquels pourraient atteindre un milliard de dollars.

Mais, après avoir tendu le rameau d’olivier, le nouvel exécutif traîne désormais des pieds, et n’a toujours pas confirmé au tribunal sa volonté d’engager une médiation, alors qu’il était tenu de le faire sans délai. La première réunion de médiation, prévue le 21 septembre dans les bureaux parisiens de la Banque mondiale (dont dépend le Cirdi), a par ailleurs dû être annulée, l’institution ayant été contrainte de fermer ses locaux en raison de la pandémie de Covid-19.
Duel Saïed-Mechichi sur les dossiers de corruption

Les hésitations de Tunis s’expliquent par un bas de fer entre le premier ministre Hichem Mechichi et le président Kaïs Saïed sur la gestion des affaires de corruption héritées de l’ère Ben Ali. Le chef du gouvernement veut étendre aux hommes d’affaires la loi de "réconciliation administrative" de Béji Caïd Essebsi. Ceux-ci se verraient accorder le pardon pour leurs méfaits passés, moyennant le remboursement au Trésor public de 5 % de leurs biens mal acquis. Hors de question pour le "révolutionnaire" Kaïs Saïed, qui veut d’abord les faire passer par la case judiciaire.

Or, ce dossier est directement relié à celui de la BFT, puisque celle-ci a distribué sans garantie des centaines de millions de dinars de prêts aux businessmen proches de l’ancien régime, qui n’ont jamais été remboursés. D’où la sortie de Kaïs Saïed, le 24 septembre sur la chaîne Attessia TV, pour se désolidariser du recrutement de Taoufik Baccar et Mongi Safra comme conseillers du premier ministre. Ceux-ci n’avaient pas encore été officiellement nommés par décret, mais ils avaient déjà commencé à travailler à la Kasbah, notamment sur la gestion de l’affaire BFT, aux côtés de Rached Ben Romdhane. Tous deux craignent de se voir reprocher d’avoir "couvert" le pillage de la BFT à l’époque où ils étaient, respectivement, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et conseiller économique de Zine el-Abidine Ben Ali... Quant à Rached Ben Romdhane, il était contrôleur général du ministère des domaines de l’Etat en 2012, au moment où celui-ci avait torpillé un premier accord amiable avec ABCI, en 2012.